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Le sabbat : Serait une «ombre des choses à venir»? Colossiens 2:16,17

  • 17 mai 2020
  • 11 min de lecture


Pendant des siècles, l’expression «sabbats, tout cela n’est que l’ombre des choses à venir», a été interprétée par la plupart des écrivains dans le sens où le septième jour, le sabbat, a été aboli et n’est plus contraignant pour les chrétiens. Toutefois, ceux qui observent le sabbat hebdomadaire du Décalogue ont généralement soutenu que les «sabbats» mentionnés ici sont les sabbats cérémoniels de la religion hébraïque ancienne. Colossiens 2:16 commence par les mots «ainsi donc», indiquant que l’avertissement énoncé vient de ce que Paul a dit dans les versets précédents. Les versets 12 et 13 soulignent la suffisance du salut en Jésus-Christ. Pour souligner davantage la certitude et la plénitude du pardon divin mentionné dans les versets 12 et 13, Paul utilise une métaphore juridique au verset 14 : Dieu a effacé «l’acte rédigé contre nous [...], en le clouant à la croix».


Sens du mot «acte»


Il existe de nombreux sens au mot «acte», et le plus probable est la loi mosaïque ( Éphésiens 2:15 : '' ayant anéanti par sa chair la loi des ordonnances dans ses prescriptions, afin de créer en lui-même avec les deux un seul homme nouveau, en établissant la paix ''). Le mot grec qui s’y réfère, dógmasin, traduit par «ordonnances», «demandes», «décrets», ou «demandes légales», fait peut être allusion aux demandes de la loi mosaïque. Bon nombre d’interprètes ont conclu qu’Éphésiens 2:15 fait la lumière sur Colossiens 2:14 : '' il a effacé l'acte dont les ordonnances nous condamnaient et qui subsistait contre nous, et il l'a détruit en le clouant à la croix " . Dans Éphésiens nous avons «l’expression “la loi avec ses commandements et leurs dispositions (dógmasin)”, ce qui est clairement une référence à la loi mosaïque»


Cependant, vu que Paul se réfère à la loi de l’Ancien Testament en tant que nómos, «loi», plus de cents fois dans ses écrits, certains se sont demandés pourquoi nómos n’apparait jamais dans Colossiens, surtout si Paul s’occupait de la «loi mosaïque» comme vu précédemment. La réponse à cette perplexité se trouverait dans les facteurs suivants: (1) Il semble que Paul se soit volontairement réfréné d’utiliser nómos pour éviter l’impression que toute la loi mosaïque a été abolie. (2) Vu que le Décalogue et les lois de santé, ainsi que les principes universels contenus dans la Tora devaient survivre, Paul a utilisé l’expression singulière «l’acte rédigé» (jeirógrafon tóis dógmasin; verset 14) pour attirer l’attention particulièrement sur la loi cérémonielle de la nation juive. (3) La liste dans le verset 16 de plusieurs éléments de cette loi rituelle d’Israël sert à corroborer cette interprétation soigneusement nuancée de la «loi mosaïque».


Mais comment les lois cérémonielles, données par Dieu à Moïse, peuvent-elles être qualifiées de «contre nous» et comme nous étant «contraires», selon ce que dit le texte? Ce concept est en réalité un écho de la phrase en hébreu utilisée au moment de la proclamation de la loi mosaïque: «Prenez ce livre de la loi [ ] et il sera là comme témoin contre toi» (Deutéronome 31:26). En d’autres termes, si Israël s’éloignait des recommandations de la loi mosaïque, la loi devenait alors un témoin, un témoignage silencieux contre son apostasie. Par conséquent, Colossiens 2:14 est une déclaration divine que les recommandations rituelles sont arrivées à leur terme, parce que Jésus le Messie est mort sur la croix comme l’accomplissement anti typique du système sacrificiel. Le verset 15 : '' il a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d'elles par la croix '' décrit le Christ comme un total vainqueur sur tous ces ennemis.


Que personne ne vous juge au sujet de ce que vous mangez et buvez


Des textes tels que Colossiens 1:21,22,27 : ( '' Et vous, qui étiez autrefois étrangers et ennemis par vos pensées et par vos mauvaises œuvres, il vous a maintenant réconciliés par sa mort dans le corps de sa chair, pour vous faire paraître devant lui saints, irrépréhensibles et sans reproche,...à qui Dieu a voulu faire connaître quelle est la glorieuse richesse de ce mystère parmi les païens, savoir: Christ en vous, l'espérance de la gloire '' ) et 2:13 : ( '' Vous qui étiez morts par vos offenses et par l'incirconcision de votre chair, il vous a rendus à la vie avec lui, en nous faisant grâce pour toutes nos offenses '' ) donnent la nette impression que l’église de Colosses était à prédominance Gentile, même s’il est certain qu’il y avait la présence de Juifs. Sur la base des similitudes avec l’Épître aux Galates, il semble que les Colossiens «hérétiques» étaient juifs ou judaïsant, même si le verset 21 du chapitre 2 suggère que les restrictions proposées allaient au-delà de la loi juive. Ces faux docteurs disaient aux croyants colossiens qu’accepter Jésus comme le Messie n’était pas suffisant; si leur but était d’être sauvés, ils devaient garder la loi cérémonielle juive contre vents et marées. Le conseil de Paul aux Colossiens, en ce qui concerne leur rapport avec ces docteurs judaïsant, est fort: «Que personne ne vos juge». Le mot «juger» vient du mot grec kríno-, qui signifie «prononcer un jugement défavorable sur» . En d’autres termes, personne n’a le droit de s’ériger en juge sur d’autres parce qu’ils ne suivent pas certains règlements de la loi cérémonielle abolie. Avant d’examiner les termes cruciaux «fête, nouvelle lune, sabbat», il faut faire un bref commentaire au sujet de «ce que vous mangez et buvez» de Colossiens 2:16. Étant donné que la nourriture et la boisson apparaissent dans le contexte de la circoncision et du respect de jours spéciaux, ces mots se réfèrent sans doute aux offrandes d’aliments et de libations que présentaient les Israélites selon le système sacrificiel, dont on peut voir un exemple dans Lévitique 23:37 : ( '' Telles sont les fêtes de l'Éternel, les saintes convocations, que vous publierez, afin que l'on offre à l'Éternel des sacrifices consumés par le feu, des holocaustes, des offrandes, des victimes et des libations, chaque chose au jour fixé '' ). Gordon Clark souligne: « Le contexte se réfère à la nourriture et à la boisson, aux fêtes et à la nouvelle lune; tout ceci est cérémoniel»


Définition de «sabbats»


Les étudiants consciencieux des Écritures sont conscients du fait qu’aussi bien dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau, le mot «sabbat» dans les langues originales a divers sens. Un examen de tous les cent quatre vint cas où apparaît cette terminologie «sabbatique» dans la Bible (c’est-à-dire šabba-t en hébreu, et aussi bien sábbaton que sábbata en grec) révèle que les prophètes entourent constamment ces termes d’indicateurs linguistiques définitifs, aussi bien que de facteurs contextuels, comme pour permettre au lecteur ou à l’auditeur de rapidement reconnaître ce que le terme «sabbat» désigne dans chaque cas.


Dans les deux langues, l’hébreu et le grec, près de 85 % des cas concerne le sabbat hebdomadaire, tandis que le reste fait référence à autre chose, comme aux sabbats cérémoniels annuels, ou même «des semaines». Il est donc évident que, parmi d’autres facteurs, les signes linguistiques et le contexte jouent un rôle important pour correctement identifier les sabbats de Colossiens 2:16.


À première vue, il peut sembler que la séquence «jours de fête, nouvelle lune, sabbats» du verset 16 vient de six passages de l’Ancien Testament (1 chroniques 23:29-31 : '' des pains de proposition, de la fleur de farine pour les offrandes, des galettes sans levain, des gâteaux cuits sur la plaque et des gâteaux frits, de toutes les mesures de capacité et de longueur: ils avaient à se présenter chaque matin et chaque soir, afin de louer et de célébrer l'Éternel, et à offrir continuellement devant l'Éternel tous les holocaustes à l'Éternel, aux sabbats, aux nouvelles lunes et aux fêtes, selon le nombre et les usages prescrits ). ; 2 Chroniques 2:4; 8.12,13; 31.3 ( '' Voici, j'élève une maison au nom de l'Éternel, mon Dieu, pour la lui consacrer, pour brûler devant lui le parfum odoriférant, pour présenter continuellement les pains de proposition, et pour offrir les holocaustes du matin et du soir, des sabbats, des nouvelles lunes, et des fêtes de l'Éternel, notre Dieu, suivant une loi perpétuelle pour Israël ; '' Alors Salomon offrit des holocaustes à l'Éternel sur l'autel de l'Éternel, qu'il avait construit devant le portique. Il offrait ce qui était prescrit par Moïse pour chaque jour, pour les sabbats, pour les nouvelles lunes, et pour les fêtes, trois fois l'année, à la fête des pains sans levain, à la fête des semaines, et à la fête des tabernacles.''; '' Le roi donna une portion de ses biens pour les holocaustes, pour les holocaustes du matin et du soir, et pour les holocaustes des sabbats, des nouvelles lunes et des fêtes, comme il est écrit dans la loi de l'Éternel.'' ) ; Néhémie 10.33 ( '' pour les pains de proposition, pour l'offrande perpétuelle, pour l'holocauste perpétuel des sabbats, des nouvelles lunes et des fêtes, pour les choses consacrées, pour les sacrifices d'expiation en faveur d'Israël, et pour tout ce qui se fait dans la maison de notre Dieu.'' ) ; Ézéchiel 45.13- 17 ( '' Voici l'offrande que vous prélèverez; la sixième partie d'un épha sur un homer de froment, et la sixième partie d'un épha sur un homer d'orge. Ce que vous devrez pour l'huile, pour un bath d'huile, sera la dixième partie d'un bath sur un cor, qui est égal à un homer de dix baths, car dix baths font un homer. Une brebis sur un troupeau de deux cents dans les gras pâturages d'Israël sera donnée pour l'offrande, l'holocauste et le sacrifice d'actions de grâces, afin de servir de victime expiatoire, dit le Seigneur, l'Éternel. Tout le peuple du pays devra prélever cette offrande pour le prince d'Israël. Le prince sera chargé des holocaustes, des offrandes et des libations, aux fêtes, aux nouvelles lunes, aux sabbats, à toutes les solennités de la maison d'Israël; il offrira le sacrifice expiatoire, l'offrande, l'holocauste, et le sacrifice d'actions de grâces, en expiation pour la maison d'Israël. ), dans lesquels le terme hébreux šabbat fait référence, de fait, au septième jour, sabbat. Cependant, une enquête approfondie des langues originales s’oppose clairement à l’hypothèse que Paul cite ces textes. Par exemple, les six passages ont en réalité au moins quatre parties (pas trois comme on le voit dans Colossiens 2:16); les six indiquent spécifiquement que l’accent est mis sur les sacrifices et non sur les jours à proprement parler (ce qui contredit l’accent dans Colossiens 2: 16); et tous les six incluent une offrande quotidienne, un facteur qui n’est pas présent dans Colossiens 2:16.


Il est intéressant de voir qu’il y a un passage de plus dans l’Ancien Testament qui peut fonctionner comme un lien intertextuel: Osée 2.11. Une traduction littérale du texte est: «ses fêtes, ses nouvelles lunes, ses sabbats». Observons les zones de coïncidence entre la phrase tripartite de Colossiens 2 et celle d’Osée 2: les deux consistent en un regroupement de trois parties; les deux ont la même séquence (d’abord «fêtes», puis «nouvelles lunes», et enfin «sabbat»); les deux passages font référence aux jours eux-mêmes, et non aux sacrifices; et les deux manquent de liens linguistiques cruciaux pour identifier «sabbat» comme le septième jour. En outre, le terme «fêtes» ou «festivals» dans Osée 2:11 est en réalité le terme hébreu, plutôt restreint, hag. Chaque fois qu’on utilise ce mot dans le cadre de la loi cérémonielle d’Israël, il fait toujours référence à l’un ou l’autre des festivals pèlerins: la Pâque (y compris les Pains sans Levain), la Pentecôte et les Tabernacles. Puis vient la nouvelle lune (hodeš . ), jouant un rôle essentiel pour dans la détermination des dates des autres moments sacrés établis. Enfin, l’expression «ses sabbats» (w∂šabbattah) identifie cette expression comme le/les sabbat(s) cérémoniel(s) au lieu du sabbat hebdomadaire, qui n’est jamais énoncé de cette manière. De même, la recherche linguistique des trois termes similaires de Colossiens 2:16, découvre que le terme grec heortes «jour de fêtes», se limite aux trois festivités pèlerines annuelles identiques, où il était prévu que tous les hommes aillent à Jérusalem pour la célébration. Alors que neomenías , «nouvelles lunes», indique l’observation de la nouvelle lune, sabbáton inclut les «sabbats» non pèlerins comme les Trompettes, l’Expiation, et par extension, les Années Sabbatiques. En bref, l’ensemble des informations lexicales, liens linguistiques et contexte indique de manière persuasive la ressemblance séquentielle des pèlerinages, nouvelles lunes, sabbats dans Osée et Colossiens. Une étude de la façon dont les traducteurs bibliques ont traduit les mots grecs par sabbat dans le Nouveau Testament amène des résultats intéressants. Dans la plupart des versions, on a correctement et systématiquement interprété sabbáton, l’identifiant au septième jour de la «semaine», mais pas dans le cas de Colossiens 2:16. Cela semble confirmer les conclusions de l’analyse présentée plus haut que les sabbats de Colossiens 2:16 font référence aux sabbats cérémoniels de l’ancienne religion israélite et pas au septième jour, sabbat, du Décalogue. Reconnaissant le contexte immédiat de Colossiens 2:16, Clark affirme: «Tout ceci est cérémoniel. Alors, les sabbats mentionnés ici, ne seraient-ils pas les sabbats cérémoniels, et pas le commandement de la création?»


Les «sabbats», une «ombre»


«Ainsi donc, que personne ne vous juge [...], pour une question, [...] de sabbats: tout cela n’est que l’ombre [gr. skiá] des choses à venir, mais la réalité est celle [gr. so'ma] du Christ. (Colossiens 2.16,17). Il y a un large consensus parmi les spécialistes sur le sens basique des mots grecs skiá et so´ma. On comprend qu’ici skiá ne signifie pas une «ombre» littérale, mais une «préfiguration» . C’est pour cela que skiá se connecte directement avec la phrase «des choses à venir» (to´n mellónton). Colossiens 2:17 est très semblable à Hébreux 10:1, qui dit: «La loi, en effet, possède une ombre [oklá] des biens à venir [to´n mellónto´n agatho´ -n], et non l’exacte représentation de la réalité». Franck Holbrook commente Colossiens 2:17 en disant: «La clé du passage est le verset 17, qui affirme que ces éléments sont “l’ombre des choses à venir”, c’est-à-dire que ce sont des types qui annoncent les choses futures. La loi qui expose une “ombre des choses à venir”, clairement expliquée […] dans d’autres passages, est la loi sacrificielle, rituelle, des types et cérémonies (voir Hébreux 10.1-4). Par conséquent tous les éléments du verset 16, étant “des ombres”, ou types, sont des éléments qui se trouvent dans la loi rituelle qui typifie la venue du Christ, sa mort expiatoire et son ministère sacerdotal» Le sacrifice du christ est la réalité préfigurée par la fête de Pâques. C’est là que l’autre terme grec, so´ -ma, entre en jeu. Le lexique décrit so´ -ma, (qui est littéralement, «corps»), dans ce contexte, comme «la chose elle-même, la réalité» . Le Christ est venu être la réalité que les cérémonies sacrées annonçaient. Par conséquent, le verset 17 peut correctement se traduire ainsi: «Qui ne sont que l’ombre des choses à venir, mais la réalité c’est Christ». La structure, le contexte et tout le flux du passage entier, à partir du verset 12, démontrent que «l’ombre» du verset 17 fait référence au contenu des versets 14 et 16. En d’autres termes: «Étant donné que le contexte traite des questions rituelles, les sabbats auxquels il est fait référence ici sont les sabbats cérémoniels des festivals annuels juifs, “qui sont une ombre”, ou type, dont l’accomplissement devrait se produire en Christ». Dans la mesure où la majorité des éléments mentionnées au verset 16 avaient pour but d’aider le peuple de Dieu de l’Ancien Testament à attendre le Messie, que les chrétiens participent à ces célébrations juives, revenait à renier Jésus comme étant le Messie. Au fil des années, divers écrivains nullement sabbatariens, ont reconnu qu’il faut prendre en compte le contexte quand on parle des «sabbats» de Colossiens 2:16. Par exemple, William Plumer, au sujet de Colossiens 2:16 a écrit: «Le contexte montre clairement qu’il [c’est-à-dire Paul] ne parle pas du sabbat hebdomadaire, ni d’aucune institution du Décalogue, mais de questions en rapport avec la loi morale»


Conclusion


Par conséquent, à la question formulée au début: «Le septième jour, le sabbat, serait-il une “ombre” des choses à venir?», nous pouvons répondre que le poids écrasant des preuves linguistiques, intertextuelles et contextuelles démontre que les sabbats de Colossiens 2:16 et 17 font référence aux sabbats cérémoniels de l’ancien système religieux israélite. À la lumière du fait que le Christ ait triomphé des forces du mal et que les lois cérémonielles aient accompli leur dessein de salut, ces préceptes rituels ont été abolis par la mort du Christ sur la croix et n’ont plus aucun sens; et, par conséquent, ne devraient plus être respectés. La brève déclaration de W.E. Read constitue une conclusion appropriée à cette étude: «Le Sabbat du Seigneur, le septième jour de la semaine, est un mémorial, pas un type; le mémorial regarde en arrière, le type regarde en avant». Par conséquent, le septième jour, le sabbat du Décalogue doit toujours être gardé comme saint.


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